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10 projets qui composent les savoirs et imaginent un avenir durable

Art citoyen
26 octobre 2021

Du grain de pollen microscopique aux océans, du cœur urbain de la banlieue parisienne aux contreforts du Jura, des îles du Ponant au territoire de Fessenheim, les 10 projets retenus pour la 5ème édition de « Composer les savoirs » nous invitent à changer notre regard sur le monde, à enrichir nos connaissances et à imaginer d’autres possibles. Dépollution des sols, transition industrielle, recyclage des déchets, biodiversité et vivant, ressources low-tech, alimentation durable, paysages agricoles sont quelques-uns des sujets dont s’emparent artistes et scientifiques avec le public et les habitants pour donner forme à des créations variées. Tour d’horizon !

La transition écologique au cœur de cette 5ème édition

Aucune discipline ne peut embrasser seule, représenter et encore moins proposer des solutions responsables face à l’urgence climatique. Chercheurs, créateurs, professionnels, étudiants de tous horizons peuvent s’engager ensemble sur d’autres voies, en s’affranchissant des modèles et cadres dominants. Nous sommes convaincus que leur mobilisation commune autour des incertitudes qui pèsent sur notre vision de l’avenir nous est nécessaire pour imaginer demain.

 « En lien avec l’engagement transversal de la Fondation pour la transition écologique, nous avons donné une nouvelle orientation au dernier appel à projets « Composer les savoirs », emblématique de notre programme Art, Science et Société » explique Anastassia Makridou-Bretonneau, responsable Art Citoyen à la Fondation. « Certains projets des éditions précédentes abordaient déjà la transformation de notre monde avec le réchauffement climatique : nous avons souhaité en faire un sujet central. » L’art est en effet un moteur puissant pour métaboliser les grandes mutations de notre époque, ne pas s’emprisonner dans un sentiment de peur et de culpabilité face aux multiples crises qui traversent notre société. Plus que jamais, nous avons besoin d’un imaginaire positif et résilient !

Ainsi, pour sa 5ème édition, « Composer les savoirs pour imaginer un avenir durable » visait à soutenir des projets artistiques qui impliquent plusieurs domaines de recherche et de pratiques (scientifiques, empiriques, culturelles…) afin de construire de nouveaux imaginaires permettant à nos sociétés de s’engager dans la transition écologique que nous impose la nouvelle donne climatique. « Pour ce qui est de la sélection, nous avons également mis l’accent cette année sur l’importance de la dimension artistique. Défendant l’idée que l’art nous aide à changer les représentations mentales, il nous est apparu indispensable que les projets donnent lieu à des productions artistiques ambitieuses qui donnent corps et visibilité à la coopération entre artistes, scientifiques, usagers et habitants des territoires investis » souligne Anastassia Makridou-Bretonneau.

En effet, la sélection 2021 est marquée par le renforcement de la société civile, avec une implication forte des habitants, des élus, des associations, etc. La plupart des projets sont ancrés sur des territoires précis, abordant des sujets complexes (dépollution des sols, urbanisation, recyclage industriel, nucléaire, alimentation, terres agricoles, inondations…) et nourris de situations concrètes vécues par les habitants. « Ces propositions augurent de très belles expériences collectives situées sur des territoires où se déclinent des enjeux planétaires. »

Merci aux membres du jury

Après la diffusion de l’appel à projets, 117 projets ont été reçus et examinés. 17 ont été présélectionnés et 10 retenus.« Nous tenons à remercier les membres du jury, experts bénévoles qui nous ont aidé à sélectionner ces projets avec curiosité et bienveillance » tient à rappeler Anastassia Makridou-Bretonneau.

  • Monique Barbaroux, Administratrice générale honoraire du Ministère de la Culture. Ancienne haute fonctionnaire au Développement Durable du Ministère de la Culture
  • Amanda Crabtree, Directrice de artconnexion, maison de production, de diffusion et de médiation en art contemporain
  • Marc Dondey, Directeur artistique de la Scène de recherche de l’ENS Paris-Saclay
  • Alice Jarry, Artiste, enseignante, chercheur (PhD) à l’université Concordia (Montréal), spécialisée dans les projets socio-environnementaux, art digital
  • Stavros Katsanevas, Astrophysicien, professeur à Paris Université VII Diderot, Directeur de l’European Gravitational Observatory (Pise)
  • María Inés Rodriguez, Commissaire d’expositions, Fondatrice et directrice artistique de la plateforme numérique Tropical Papers
  • Stéphane Sauzedde, Directeur de l’Ecole Supérieure d’Art Annecy Alpes (ESAAA)
  • Emmanuel Tibloux, Directeur de l’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD, Paris)

Les 10 projets en détails

Projet Ponant (Orchestre National de Bretagne)

Porté par l’Orchestre National de Bretagne, ce projet met en lumière des femmes et hommes de la mer à travers des images en résonance avec une musique poignante et vibrante. Il se décline autour de 3 créations, des œuvres musicales aux croisements d’autres disciplines artistiques et scientifiques autour d’enjeux environnementaux.

Initium Mare par le compositeur Dai Fujikura qui s’inspirera des paysages marins du photographe Nicolas Floc’h, pour créer une œuvre musicale immersive où image et son s’entremêleront. Cette création soulèvera la problématique de la sauvegarde de nos océans et invitera le public à s’interroger sur la vie aquatique, en mettant en valeur la flore et les reliefs marins. Des conférences et des ateliers seront organisés en direction du public en partenariat avec COAL.

Il n’est pas trop tard, conte musical à destination du jeune public par la compositrice Sarah Lianne Lewis, l’écrivain Stéphane Michaka et la pianiste Vanessa Wagner. Dans la lignée de Pierre et le Loup, cette oeuvre aura pour sujet la préservation de la faune aquatique face à la pollution et au réchauffement climatique.

Dialogues océaniques de Katia Makdissi-Warren, avec pour ambition de rassembler des peuples unis par la mer, entre l’ouest de la Bretagne et du nord-est du Québec, par le biais du chant traditionnel que partagent ces deux cultures.

L’air du pollen (La Métonymie)

Compagnie de théâtre et d’art numérique, en résidence de recherche à l’Université Paris Saclay, la Métonymie inscrit sa démarche de création artistique en collaboration étroite avec les scientifiques. Fortement ancré dans les recherches réalisées au laboratoire « Ecologie Systématique et Evolution », L’Air du pollen sensibilise un large public à la question de l’érosion de la biodiversité à travers le pollen comme marqueur sensible des changements environnementaux. Cette œuvre associe l’art céramique traditionnel à la technologie de pointe porté par l’art numérique et un univers sonore, déclenché par la présence des spectateurs. Ce projet invite à une prise de conscience de la fragilité́ de cette biodiversité́ microscopique en la rendant visible par cette multiplicité de formes que produisent différents grains de pollen.  La création sera présentée à la Commanderie d’Élancourt (Nuit Blanche 2022) et dans le parc du Lycée Schweitzer au Raincy tout au long de l’année scolaire suivante, L’Air du pollen sera l’objet d’une recherche et d’un développement continu à partir de l’interaction avec le public, des émotions et des connaissances partagées, des chaînes de médiation entre les lieux et entre les générations.

Zone Critique : Controverses en action à Sevran (Théâtre de la Poudrerie)

La Seine-Saint-Denis est profondément impactée par des projets d’aménagement urbain dont les conséquences écologiques et sociales interpellent les habitants et les interrogent sur leurs moyens d’agir. Le Théâtre de la Poudrerie mise sur la création de pièces de théâtre avec les habitants et à partir de leur parole. Avec ce projet, le théâtre s’engage dans une démarche transversale afin de pousser plus loin la réflexion sur la création participative, sa dimension populaire, son influence sur le lien social et la participation citoyenne. En accueillant en résidence des collectifs pluridisciplinaires réunissant artistes, chercheurs et acteurs associatifs, il entend aborder, avec les habitants, un cycle de création sur les préoccupations environnementales à Sevran. Deux équipes d’artistes et de chercheurs (S-Composition/Où atterrir et le Medialab de Sciences Po) vont explorer et décrire les controverses liées aux transformations de la ville, avec quatre groupes d’habitants. C’est l’opportunité d’une expérimentation collective, à l’échelle d’un territoire, d’une méthodologie d’enquête citoyenne relevant à la fois du champ artistique, du design et des sciences sociales. Les explorations vont inspirer la création théâtrale et musicale « Zone critique » programmée en octobre 2022 au Théâtre de la Poudrerie dans le cadre de la troisième édition de la biennale des arts participatifs. Ils feront également l’objet d’une publication.

Les boulets des broyeurs à charbon (TANGIBLE)

Dans le cadre de la résidence de recherche et de création au sein de l’ancienne centrale thermique de Vitry-sur-Seine, TANGIBLE s’associe à 4 chercheurs du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) pour étudier l’action des écosystèmes sur la recolonisation et la transformation du site, en faisant le postulat d’une possible coopération humaine, végétale et animale pour accompagner le démantèlement la centrale. Ce projet prend appui sur les anciens boulets de broyeurs à charbon de la centrale, huit sphères métalliques de 600 kg chacune qui permettaient de broyer le charbon en très fines particules servant de carburant pour la production électrique. L’objectif consiste d’une part à ensemencer ces boulets avec un mélange de mousse et de lichen, à étudier leur développement sur le métal et leur possible participation à sa décomposition en le transformant en substrat organique. Aujourd’hui, il n’existe pas d’études accessibles sur ce sujet et ce projet pourrait composer un tournant dans la gestion des déchets industriels. D’autre part, cette action vise à réhabiliter ces boulets – pièces emblématiques de la centrale – comme œuvre d’art mémorielle, support d’une expérience unique. Les boulets seront implantés dans le quartier industriel des Ardoines, en pleine transformation urbaine. Les habitants seront associés à la continuité de l’ensemencement des boulets en lien avec les chercheurs de MNHN. Plusieurs actions, processus de diffusion et de transmission avec le grand public sont envisagés autour de ce projet.

Elles Aveyronnent (La Cuisine)

Lors des fortes pluies de l’hiver dernier, la rivière de l’Aveyron a vu monter son cours d’eau de 9 mètres, provoquant dans les environs du centre d’art et de design La cuisine, des inondations inégalées depuis des décennies. À l’ombre de cet événement qualifié de catastrophe, les habitants ont découvert des centaines de formes visuelles engendrées par ces eaux. Ces formes visuelles questionnent l’image de « ce qu’est une rivière ». Partant du postulat que le terme rivière réduit la complexité de ce qu’il désigne, les porteurs de projets souhaitent explorer les savoirs sur la faune, la botanique et la géologie de la plaine alluviale en collaboration avec des collectifs civils et leurs savoirs vernaculaires, afin de transformer le nom propre de la rivière en verbe, postulant qu’il s’agit d’un ensemble d’actions et de relations, en constant mouvement. Grâce à une approche d’enquête dans le processus de création, Elles Aveyronnent aborde la question du dépaysement des humains lorsqu’ils rencontrent des eaux férales (se dit d’un élément domestiqué qui retourne à l’état sauvage) en marge des systèmes hydrauliques modernes et de la contemplation paysagère. Le projet propose la production d’oeuvres artistiques sous la forme de dispositifs rituels, avec comme objectif d’explorer les manières de porter une attention sensible à ces eaux afin de rendre propice la création de nouvelles relations avec le bassin versant de la rivière de l’Aveyron.

Une filière artisanale de verre naturel des îles du Ponant à partir des co-produits des adhérents (Savoir-Faire des îles du Ponant)

Le projet est de développer un verre inter-îles : le « Verre des îles du Ponant », emblématique d’un territoire étendu, grâce à l’étroite collaboration avec la designer Lucile Viaud et à partir de ressources à valoriser sur place récoltées auprès des adhérents de l’association Savoir-Faire des Îles du Ponant. Comment réunir ces 15 îles à travers une matière commune tout en valorisant la spécificité́ de chacune ? Quel patrimoine et quels savoir-faire insulaires sont déjà présents ? Comment mettre en place une filière de verre artisanal avec le moins d’impact possible ? Le projet se construira en harmonie avec les îliens dans une logique d’économie circulaire, de développement de l’activité́ économique, de valorisation du patrimoine artistique et artisanal, de préservation et sublimation des paysages extraordinaires des îles. Il permettra, sous le prisme de la pensée low-tech, de concevoir un pilote de production dédié en fonction des flux existants, ressources et compétences locales. Des techniques du verre pourront ensuite être exploitées de concert avec les adhérents de l’association et en fonction des savoir-faire présents sur chaque île (émaillage de céramiques, soufflage de verre, thermoformage, pâte de verre etc.).

Demain Fessenheim (La Kunsthalle Mulhouse)

Ce projet est consacré à l’étude de la transformation du territoire de Fessenheim consécutive à l’arrêt des réacteurs et à la cessation des activités de la centrale nucléaire. Pour une période de 4 ans, Elise Alloin, chercheure par l’art, s’associe à La Kunsthalle, Centre d’Art Contemporain de la Ville de Mulhouse et au Centre de Recherche sur les Économies, les Sociétés, les Arts et les Techniques de l’Université de Haute Alsace. Le projet interroge la centrale, comme un organe autonome, l’épicentre d’un territoire, un élément modelant son environnement en lui conférant un statut de territoire nucléarisé, un lieu industriel intégré au sein d’un environnement naturel, qui influence tout à la fois le territoire émotionnel et physique. Pour mener à bien et nourrir cette étude, l’artiste croise son regard et ses pratiques avec celles de chercheurs en géographie, histoire, ethnologie, etc. Demain Fessenheim cherche à développer une recherche, une réflexion sur et avec un territoire, afin de partager avec le public régional concerné un sujet brûlant, aux enjeux multiples. Il s’agira également de donner la possibilité de mieux cerner les conséquences de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim et d’initier la réflexion sur un parcours transnational d’interprétation du patrimoine, autour de la transition énergétique et du changement climatique.

Les banquets du vivant (Vélo Théâtre)

Le Vélo Théâtre, scène conventionnée à Apt, initie un cycle de 6 banquets artistiques, scientifiques et citoyens. Cette maison de création et d’expérimentation ouvre aujourd’hui une cantine solidaire en son sein, lieu idéal pour imaginer “Les banquets du vivant”, concoctés chacun par une équipe pluridisciplinaire composée d’artistes, de scientifiques (Université Avignon, IRSEA Apt, CEA Cadarache, Parc naturel du Luberon, Institut de Mathématiques Marseille), d’une cuisinière et d’une classe/groupe complice (lycée agricole, collège, centres sociaux). Ces banquets sont l’occasion d’expérimenter à la fois une forme de rencontre artistes /scientifiques / citoyens et un événement « écologique » ordinaire – un repas – et extraordinaire : un repas où l’on débat, chante, écoute, regarde, pense, notamment à partir de ce que l’on mange. Chaque banquet est orchestré par un trio : artiste, chercheur, groupe complice (enfants, personnes âgées, ou autre). Avec le soutien d’un comité de pilotage, ils ont 6 mois pour préparer leur banquet, dont des temps pour « faire connaissance », des ateliers sur les pratiques, la conception et enfin la production. Chaque banquet porte sur un thème lié au problème du vivant, allant du plus grand au plus petit de notre rapport au monde. L’idée avec cette forme de banquet est de désacraliser le rapport aux sciences et aux arts, de renouveler cette tradition de la renaissance pour faire commun, par la nourriture, base de la vie, autour d’enjeux de société qui nous occupent.

La Petite forêt (Bermuda)

Après 3 années d’auto-construction, l’association Bermuda amorce son fonctionnement dans un bâtiment de 1300 m2 situé à Sergy dans l’Ain. En bordure du terrain, face à la barrière du Jura, un champ est soumis depuis des années à une agriculture céréalière intensive et monochrome. Le projet accompagne la transformation de cette parcelle agricole exploitée jusqu’à aujourd’hui afin de la réparer et de redonner place au vivant. À partir d’études et de descriptions préalables de ce terrain (microbiologique, artistique, botanique…) et de la constitution d’un corpus sensible de témoignages et de documentation d’expériences agricoles exploratoires, le projet conçoit les formes paysagères, relationnelles, architecturales qui viendront nourrir la métamorphose de cette parcelle. La visée de ce processus est de dessiner un nouvel usage maraîcher, vivrier et collectif du lieu, dont la production se destine à une distribution locale. Le projet invite des artistes, des producteurs du territoire, des paysagistes, des chercheurs, des habitants à penser et à s’emparer de cette transformation. Pendant 3 ans et au fil des saisons, expérimentations artistiques, paysagères, horticoles s’entremêleront, accompagnées par des échanges de pratiques, des transmissions de savoirs et savoir-faire et des temps de rencontres publiques. La Petite Forêt s’intègre à un projet de réaménagement d’un site plus vaste laissé à l’abandon porté par une dynamique mêlant art et écologie. Une publication capitalisant l’expérience est prévue.

Trilogie Terrestre (Compagnie Zone Critique)

Depuis 2016, la compagnie Zone Critique, qui porte les projets théâtraux du philosophe Bruno Latour et de l’historienne des sciences Frédérique Aït Touati, a donné jour à trois créations scéniques : deux conférences-performances et un parcours expérimental de spectateur. Ces créations, formant la « trilogie terrestre », sont une réflexion sur la nécessité d’un profond renouvellement de nos représentations du monde terrestre, biotique et abiotique. INSIDE explorait les alternatives visuelles à l’image obsédante et trompeuse du « Globe » ; MOVING EARTHS plongeait le spectateur dans l’expérience d’une terre qui s’émeut ; VIRAL est une exploration de la contagion comme processus essentiel à la constitution de notre monde confiné, et une réflexion sur les conséquences politiques d’une redéfinition élargie du vivant. Le projet comprend plusieurs volets : la finalisation du spectacle VIRAL, la reprise et la diffusion de l’ensemble de la Trilogie Terrestre, la mise en place de workshops qui accompagnent le spectacle et la valorisation de la trilogie au travers de la réalisation d’un film documentaire et de la publication d’un livre, afin de partager cette recherche-création avec le plus grand nombre.

Photo en une : Projet Elles aveyronnent / La cuisine – Centre d’art et de design. Crédits autres photos : tous droits réservés projets 

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