Aide alimentaire : des perspectives positives pour lutter contre la précarité

Alimentation Durable
20 avril 2021

Alors que la précarité alimentaire touche de plus en plus de personnes, des modèles alternatifs de solidarité se développent partout en France. Leur point commun ? La participation des personnes concernées, l’attention à la qualité des produits, leur provenance locale, la coopération avec d’autres acteurs des territoires et notamment, des agriculteurs. Nous accompagnons nombre de ces structures innovantes qui viennent d’être soutenues dans le cadre du plan de relance. Autant de perspectives positives pour permettre un accès universel à une alimentation saine, respectueuse des personnes et des écosystèmes !

Lutte contre la précarité alimentaire : un enjeu de justice sociale

Sur Europe 1, le 26 Septembre 1985, Coluche lance sa petite idée qui donne naissance aux Restos du Cœur « un resto qui aurait comme ambition, au départ, de distribuer deux ou trois mille couverts par jour. » Deux ans plus tard, l’Europe ouvre ses surplus aux associations fournissant l’aide alimentaire via le Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) directement lié à l’écoulement des excédents agricoles.

Plus de 30 ans se sont écoulés depuis.

En 2019, l’Inspection Générale des Affaires sociales jetait un pavé dans la mare dans son rapport « La lutte contre la précarité́ alimentaire – Évolution du soutien public à une politique sociale, agricole et de santé publique : « ce dispositif est fragilisé par son extrême complexité de gestion, les incertitudes quant à son avenir et le manque de vision globale de l’action publique nationale sur ce sujet. »

Fin 2020, 9,2 millions de personnes étaient en situation de précarité alimentaire, un chiffre qui a doublé en 10 ans ! La part des femmes et des enfants est en constante augmentation ; les liens se confirment entre précarité alimentaire et pauvreté, sans parler de l’impact sur la santé ni du sentiment de honte qui freine nombre de personnes dans le besoin.

Avec de plus en plus de personnes en difficulté, en particulier les étudiants, la crise sanitaire a fait exploser les statistiques de la précarité, mettant sous le feu des projecteurs les inégalités criantes dans l’accès à une alimentation de qualité. Cette situation considérée par beaucoup de citoyens comme inacceptable aujourd’hui en France, a conduit à un élan de solidarité et au développement de nombreuses initiatives nouvelles.

Engagés pour faire avancer la cause

Loin d’être un bien commun comme les autres, notre alimentation est au croisement de multiples (dés)équilibres. Nos choix alimentaires, de la production à la consommation, ont un impact sur l’ensemble de notre écosystème actuel : la perte de biodiversité, le réchauffement climatique mais aussi le renforcement des inégalités.

De nombreux acteurs de la société civile se mobilisent, se structurent, imaginent et testent de nouvelles manières de faire pour permettre aux plus fragiles d’entre nous de bénéficier de produits bons pour la santé et pour la planète, avec jusqu’à présent, majoritairement des financements privés. Nous les accompagnons et agissons pour promouvoir un accès universel à une alimentation saine, respectueuse des personnes et des écosystèmes. Nous croyons en une société qui place les personnes et la Terre au cœur de son projet, qui invite à la responsabilité et l’attention à l’autre.

Depuis 10 ans, nous travaillons sur l’enjeu de la précarité en essayant de promouvoir des alternatives aux modèles conventionnels avec de nombreuses associations  locales qui recréent de la dignité et du lien social grâce à l’alimentation : distribution de produits frais dans les déserts alimentaires (Revivre) ; liens entre producteurs en précarité et épicerie sociales et solidaires (UniTerre d’Andes) ; distribution de produits sains et locaux dans les quartiers (Vrac), épicerie sociales et solidaires en mixité de public (Soli’Niort), etc.

Grâce à notre expertise en structuration et accompagnement de projets, nous travaillons au service de la solidarité alimentaire, en facilitant le partage d’expérience entre acteurs de l’action sociale, du développement durable, de l’agriculture etc., mais aussi auprès d’autres fondations et des services publics, pour soutenir notamment, la construction d’une véritable politique nationale d’envergure. C’est dans cet esprit que nous avons rejoint le Comité National de coordination de la lutte contre la précarité alimentaire (COCOLUPA) fin 2020.

Nous nous réjouissons aujourd’hui de voir que la puissance publique s’empare de ces enjeux d’alimentation de qualité et de participation des personnes et s’engage fortement auprès des acteurs innovants. Ainsi, dans le cadre du plan de relance, l’appel à projet national piloté par la délégation interministérielle à la prévention de la lutte contre la pauvreté (DIPLP) et la direction générale de la cohésion sociale (DGCS), vient d’annoncer son soutien à hauteur de 6 millions d’euros, pour des projets innovants. D’autres projets à l’échelle régionale seront annoncés dans les semaines qui viennent. « Il y a aujourd’hui un alignement des planètes favorable à un changement en profondeur du système : une volonté politique, des moyens financiers et des acteurs qui développent des alternatives depuis plusieurs années, dont pour beaucoup la fondation a préparé ces dernières années un passage à l’échelle de leurs actions » souligne Guilhem Soutou, responsable de l’Axe Alimentation Durable.

Focus sur quelques projets lauréats du plan de soutien aux associations de lutte contre la pauvreté, accompagnés par notre Fondation

Vrac national : structurer et développer les groupements d’achat Vrac pour un accès digne et durable à une alimentation de qualité dans les quartiers populaires.

Les petites Cantines : développement national d’un réseau de cantines de quartier pour lutter contre la précarité alimentaire et relationnelle

Réseau Cocagne : l’économie inclusive au service du Bien vivre alimentaire

Union des Groupement des Épiceries Sociales et Solidaires : structurer et moderniser le réseau pour développer l’activité au service des personnes en précarité

Territoires à vivres : porté par le Réseau Cocagne, le Secours Catholique, Vrac, l’Ugess et le Réseau CIVAM.

20200114_163506
«
Au-delà du financement, toujours essentiel pour une association, la particularité de la Fondation Daniel et Nina Carasso est qu’elle s’adapte à notre fonctionnement, à notre façon d’entreprendre sur un temps long tout en restant souple. Elle nous a accompagné dans notre changement d’échelle, mis en réseau et en lumière. Elle nous a fait grandir, nous a offert du temps et de la confiance. C’est très précieux.
»
Boris Tavernier, Directeur de Vrac National

Focus Territoires à vivreS

Face à l’urgence sociale devenue structurelle, mais aussi devant la paupérisation d’une partie du monde agricole et les bouleversements écologiques, le collectif Territoires à vivreS, réunissant 5 grandes organisations nationales, s’est engagé dans la transformation de l’aide alimentaire d’urgence afin d’assurer un accès plus égalitaire à de la nourriture durable, locavore et de bonne qualité.

« La Fondation Daniel et Nina Carasso nous a mis en lien et réuni autour de la table. Elle a remarqué que nous partagions les mêmes valeurs et les mêmes objectifs. Elle a été une grande facilitatrice et a soutenu notre structuration » explique Boris Tavernier, Directeur de Vrac. « Je tiens à souligner également que la Fondation contribue fortement à l’autofinancement du projet, requis par le Plan de Relance. »

Dès aujourd’hui, entre villes et campagnes autour de Lyon, Aix-Marseille, Montpellier et Toulouse, les complémentarités entre associations vont s’organiser pour transformer le système alimentaire local vers plus de durabilité, une meilleure inclusion de l’ensemble des habitant.e.s, et une dynamique démocratique permettant de se poser collectivement la question de notre alimentation et de prendre les décisions en conséquence. Objectifs : démocratiser les systèmes alimentaires en associant les personnes concernées et créer avec elles et les organisations agricoles et de l’Economie Sociale et Solidaire, de nouveaux dispositifs économiques pour des filières bio solidaires.

Carasso DOuillet portrait
«
Nous sommes heureux que ce collectif, dont nous avons accompagné la création et la structuration, soit aujourd’hui reconnu par les pouvoirs publics. Ses actions vont démontrer qu’il est possible de lutter contre la précarité alimentaire autrement, en apportant des réponses innovantes pour un accès universel à des produits bons pour la santé et pour la planète et une véritable participation des personnes concernées
»
Mathilde Douillet, Responsable programme Alimentation Durable et membre du jury de l’appel à projets de lutte contre la précarité alimentaire

Un livre pour aller plus loin : Ensemble pour mieux se nourrir

Dans une enquête fouillée, Frédéric Denhez et Alexis Jenni sont partis à la rencontre des organisations solidaires qui agissent pour sortir des millions de personnes de la précarité alimentaire. Groupements d’achat, coopératives ou jardins partagés, la solidarité s’organise pour mettre en œuvre un soutien réel et effectif et inventer de nouveaux modèles de production et de consommation. Coordonné par Boris Tavernier, du réseau VRAC, cet ouvrage a reçu notre soutien ainsi que celui du Secours Catholique. Il est une véritable mine d’or d’initiatives positives.  À découvrir aux éditions Acte Sud !